23/09/2007

la place des Martyrs

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Le quartier de la ville où on créa, en 1775, la place des Martyrs, appelée primitivement place de la Blanchisserie puis place Saint-Michel, était occupée par des blanchisseries et des jardins potagers. En 1594, Henri Madoets loua à la Ville un terrain qui correspondait à peu près à la place actuelle et le convertit en Rame aux Draps, prairie où les drapiers, moyennant une redevance, venaient étendre leurs draps sur des séchoirs. La draperie déclinant sans cesse, la rame fut abandonnée et. en 1770, une société de spéculateurs en fit l'acquisition dans le but d'y construire une place publique. Ne pouvant s'entendre avec les associés au sujet des conditions d'exécution de l'ouvrage, la Ville écarta leur requête. La société fut dissoute, mais quelques mois plus tard, le 25 juillet 1772, la Ville obtint du Gouvernement un octroi l'autorisant à acquérir la blanchisserie par voie d'expropriation forcée. L'architecte Fisce, directeur des travaux publics de la Ville, fut chargé de faire les plans de la place et des bâtiments environnants. En 1775, l'entreprise était terminée.
La place Saint-Michel, car tel était son nom primitif, fut débaptisée par les Français en 1795 et reçut le nom de place de la Blanchisserie. En l'an VIII, on y établit un marché aux légumes, mais celui-ci n'attirant pas la clientèle, on le remplaça par un rnarché au bois. En février 1802, on y planta une double rangée de tilleuls formant berceau. Les arbres du milieu donnant au carré un aspect plutôt triste, on les enleva en 1816. En. 1828 on ouvrit le cul-de-sac du Persil et on rejoignit la rue du Persil à la rue Saint-Michel une rue qui traversait la place et la coupait en deux.
La place des Martyrs forme un carré oblong, entouré de constructions en style classique relevant de l'ordre dorique. Deux vastes corps de bâtiments font face l'un à l'autre, comprenant chacun huit colonnes doriques qui supportent un entablement orné de triglyphes et de bucrânes. Un fronton triangulaire les recouvre et l'attique est orné de deux vases. Les parties latérales ont de simples pilastres: doriques.

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Les deux autres côtés sont ouverts au milieu par une rue, la rue Saint-Micbel, qui relie la place à la rue Neuve et la rue du Persil qui la rejoint à la rue du Marais. Aux angles de ces rues, dans une symétrie parfaite, se dressent clés constructions décorées de 4 colonnes doriques dont l'entablement est identique à celui que nous venons de voir, balustrade et vases. Les ailes se composent d'une série d'habitations dont les façades uniformes sont rehaussées de simples pilastres de style dorique.
En créant cette place, Fisco s'est inspiré des principes qui dorninaient l'esthétique des villes au XVIlle siècle et que son contemporain Guirnard appliqua à la place Royale et au Parc. En vertu de ces principes, une place devait être, à la fois, symétrique et fermée.
La place Saint-Michel est d'une symétrie parfaite et, à part la rue Saint-Michel, les rues qui la mettent en communication, d'un côté avec la rue aux Choux, de l'autre avec la rue d'Argent, sont étroites; vers la rue du Persil, l'architecte a élevé, en guise d'écran, un bâtiment de même style qui sert de fond.
Pour juger avec équité l'œuvre de Fisco, il faut l'apprécier en elle même et non en parallèle avec celle de Guimard. Le terrain dont disposait l'architecte de la ville était relativement peu étendu; de plus, le but n'était pas de créer un quartier royal, mais une place calme et paisible, à l'écart d'une artère fréquentée. Envisagée en elle-même et dans ses fins, l'œuvre de Fisco peut être considérée comme réussie. Elle est juste dans ses proportions. L'élévation des bâtiments est en rapport avec l'espace qu'ils délimitent; de plus,. comme les lignes horizontales du stylobate, de l'entablement et de la corniche l'emportent sur les lignes-verticales des pilastres, il en résulte une impression de plus grande largeur.
Fisco n'avait prévu pour la place aucune statue. Celle qu'on y a érigée depuis est de dimensions incontestablement trop grandes et nuit à la conception primitive de l'œuvre.

A la suite des événements de 1830, la place Saint-Michel devint la place des Martyrs.

Le 25 septembre 1830, la commission administrative qui s'était formée pendant la révolution. alors que la Ville était dépourvue de toute autorité constituée, arrêta qu'une fosse serait creusée sur la place Saint-Michel pour recevoir « les restes des 445 citoyens morts dans les mémorables journées de septembre et qu'un monument transmettrait à la postérité les noms de ces héros et la reconnaissance de la Patrie». De là le nom de place des Martyrs donné à ce cimetière patriotique qui fut consacré le 4 octobre 1830 par le doyen de Sainte-Gudule, en présence des autorités civiles et militaires, d'une foule de volontaires armés et de nombreux assistants.
Le 4 décembre 1830, le Président du Congrès National posa la première pierre du monument que G. Geets toutefois n'acheva que plusieurs années plus tard. Il n'était même pas encore entièrement terminé quand on l'inaugura, le 24 septembre 1838. Dix ans plus tard, le même statuaire en acheva la décoration sculpturale.
Sur un immense piédestal se dresse la Patrie, symbolisée par une femme qui grave sur une plaque en marbre les dates mémorables des 23; 24, 25 et 26 septembre. Près d'elle est couché le Lion Belgique dont les chaînes ont été rompues.

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Quatre anges, assis aux angles du monument, veillent sur les 445 morts.

Sur les quatre faces du soubassement, des bas-reliefs qui ne répondent malheureusement pas au talent dont Guillaume Geefs a fait preuve ailleurs. Ce sont:
1. Les patriotes prêtant serment sur le drapeau de vaincre ou de mourir pour l'indépendance (dans le fond se profile l'Hôtel de Ville).
2. Les volontaires s'élançant à l'assaut du Parc.
3. La bénédiction des tombeaux par le doyen de Sainte-Gudule le 4 octobre 1830.
4. La Belgique couronnant ses vaillants défenseurs.

Dans les galeries qui entourent le monument se trouvent des tables, dans lesquelles sont gravés les 445 noms de ceux qui sont morts pour l'indépendance du pays.

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Dans le square. le monument élevé en souvenir de Jenneval, auteur des paroles de la Brabançonne dont Van Campenhout écrivit la musique. Il tomba à Lierre en octobre 1830. Sur une stèle en pierre bleue se détache le médaillon de Jenneval, en marbre blanc par Alfred Crick. Sur la face principale de la stèle. la Belgique traçant dans le livre d'or le nom du héros. Comme l'inscription l'indique, ce monument fut érigé par les soins de la ville de Bruxelles le 13 septembre 1897.
Le troisième monument, oeuvre du statuaire Paul Dubois, est celui de Frédéric de Mérode, qui fut blessé près de Berchern le 24 octobre 1830 et mourut des suites de ses blessures à Malines le 5 novembre suivant. Il se compose d'une grande stèle, dans laquelle est encastré le rnédaillon en bronze du héros. A côté de la stèle se tient un volontaire, revêtu de la blouse. Ce monument fut inauguré le 23 septembre 1898.

 

15:16 Écrit par Alain dans les plus beau lieu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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